Ce matin le réveil est différent. Je suis un peu perdue. Je ne dois pas me préparer pour marcher. J’oublie les crèmes pour les pieds et les mollets. J’enfile directement mes vêtements.
Je descends avec Hermione, qui elle est fin prête pour continuer. Elle va jusque Figeac.
Je l’accompagne jusqu’à la traversée du pont. On se fait un câlin. Je lui souhaite bonne marche et elle me souhaite bon retour.
L’émotion n’est pas claire. Il y a plusieurs choses qui se mélangent. Et si le bus qui doit me ramener ne venait pas ? Et si ma voiture ne démarrait pas ? Et si je n’avais plus de batterie pour le GPS ? Et si et si … et si j’avais le temps, est-ce que j’aurais continué ? Et si j’étais simplement triste de devoir stopper là ?
Je retourne vers le village. Je m’installe dans un café pour rédiger le blog de la veille. Ça me passe le temps. Une fois le café bu, je vais à la poste, chercher des timbres et poster mes cartes postales écrites la veille. Puis je retraverse le pont. Je vois l’indication du GR que je suis depuis maintenant 9 jours. Je ne verrai pas la suite. Du moins, pas tout de suite. Plus tard peut-être.
Je m’installe sur la berge du Lot où nous avons fait bronzette et trempette hier. Je mange un morceau. Et je réfléchis. Pendant la descente de l’enfer, j’ai vu un caillou, près d’une croix chrétienne, sur lequel il était écrit « vas plus loin, tu trouveras ta réponse ». Et là, je me suis demandée : une réponse à quoi ? Alors j’ai commencé à chercher la question. On dit que le chemin t’apportera une réponse, sauf que moi je suis venue sans question. Alors au lieu d’avoir une réponse, je repars avec des questions.
Qu’est devenu Dam ? J’espère qu’il n’a pas abandonné et qu’il ira au bout de son chemin. Il était prêt à s’arrêter à la première demi-journée et depuis Saugues, nous ne l’avons plus vu.
Est-ce que Mar a réussi à alléger son sac ? Ou bien a-t-elle repris le bivouac ?
Est-ce que le petit couple qui se dispute rencontré aux Estrets continue d’être heureux ensemble ?
Est-ce que le couple rencontré aux 4 chemins, lors du jour 5, a réussi à rentrer en stop ?
Est-ce que Sandalette a enfin confiance en lui ?
Est-ce que Mahui a réussi à rentrer ?
Est-ce que Coco et son chien font bonne route ? Est-ce qu’il retrouvera un jour Hermione ?
Est-ce que Haricot et Caillou se sont enfin pécho ?
Est-ce que le bodybuilder a trouvé sa réponse à lui ?
Est-ce que le science po-iste arrivera jusqu’au bout ?
Est-ce que les deux belges continueront elles aussi ?
Comment vont les triplettes de Belleville ?
Toutes ces vies rencontrées qui continuent. La mienne aussi. Loin du chemin.
J’attends toujours le bus. J’ai trouvé un café où je peux, être assise en terrasse, avoir mon téléphone branché et boire un café. Tout en même temps. Le bonheur. Ce café je le quitterai 15min avant l’arrivée de mon bus. Pas avant, pas après. Et je dirai au revoir à mon périple.
L’heure du bilan :
A quoi est-ce que je m’attendais ?
Je m’attendais à une randonnée sur plusieurs jours, avec ses galères, ses joies et ses beaux paysages. Je m’attendais à des moments d’introspection et de solitude.
Que s’est-il réellement passé ?
Avec Hermione, nous avons rencontré plein de gens. La solitude il n’y en a pas beaucoup eu. Avec un peu de regrets parfois mais surtout de belles rencontres et de belles surprises. De l’introspection il y en a eu, dans les moments de marche en solitaire, tôt le matin ou dans la journée. Une envie de continuer, ça c’est sur.
Qu’est ce que j’ai appris sur le chemin ?
Que la nature a ses raisons que l’humain ne pourra jamais comprendre. La beauté des paysages. Quand il neige en Aubrac, c’est pas pour rigoler. Quand tu as un problème, mal, peur, la seule solution c’est d’avancer, de marcher jusqu’à la prochaine étape. J’ai appris que le chemin intérieur se trace aussi avec les autres. La marche est une belle allégorie de la vie.
Mon caillou ? (Mon pire moment)
Je dois bien avouer qu’il n’y a pas eu de moments détestables. Mais si je dois en choisir un, c’est la nuit de froid à Saugues. Même dans ce moment, j’ai réussi à me dire que ça irait.
Ma pépite ? (Mon moment préféré)
En réalité il y en a eu deux. Le premier, c’est cette traversée de l’Aubrac sous la neige. C’était impressionnant, difficile et presque angoissant. Mais j’ai réussi à le faire. Avancer jusqu’à ce petit village perdu dans les plateaux désertiquement froids.
Le deuxième, c’est quand j’ai vu la vallée du Lot au loin. Dans cette descente infernale, j’ai vu la rivière, promesse d’une arrivée fructueuse. Je me suis dit que les pèlerins de l’époque, les vrais, qui partaient avec des sabots en bois et des ponchos en lin ils devaient vraiment être heureux quand ils voyaient cette vallée, sûrement plus que je ne l’ai été.
Dans le bus, je croise Cam, que j’avais rapidement rencontré lors du repli stratégique. Elle marchait avec Mar et Hermione ce jour là. On discute de nos périples respectifs. Puis je m’endors. Au moment de traverser l’Aubrac, j’ouvre l’œil. Il y a des petits restes de neige par-ci par-là. Je suis contente de voir les paysages que je n’ai pas pu voir sous la tempête de neige.
J’arrive à Aumont-Aubrac, où est garée ma voiture. Avant de descendre du bus, Cam me présente rapidement une femme, qui descend elle aussi ici, qui aurait besoin d’une voiture. Nous descendons ensemble. Elle m’explique que son gîte, là où elle a laissé sa voiture, est à 3km. C’est 45min à pied, et 10min en voiture. Je l’accompagne jusque là-bas. Je n’ai même pas pensé à lui demander son prénom. Un dernier moment de partage fugace avant de rentrer.
Vers 17h, j’arrive à Langeac. Je décharge mes affaires et range tout le plus vite possible. Demain je joue mon spectacle à 1h de chez moi. Il faut que je prépare mes affaires et que je dorme.
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